Les organisations de la société civile oeuvrant dans le domaine de la défense et de la promotion des droits des Amazighs, des droits des peuples et des solidarités internationales, se sont réunies à Marrakech en marge du Forum Mondial des Droits Humains (FMDH) qui s’est déroulé du 27 au 30 novembre 2014 pour faire le point sur la situation des droits humains dans la région du nord de l’Afrique. A l’issue de leurs échanges, lesdites organisations déclarent :

 

  • Considérant que ce forum est un moment de luttes pour les droits humains, la justice, la liberté et la dignité humaine,
  • Considérant que les Amazighs, peuple autochtone de Tamazgha (nord de l’Afrique), subissent différentes formes de négation, de spoliations, d’assimilation forcée, de persécution, d’oppression et de violences jusqu’au crime, dans les différents pays de Tamazgha,
  • Considérant que le peuple Amazigh aspire à jouir de tous les droits et libertés reconnus universellement à tous les peuples du monde,

 

Recommandent :

 

Au FMDH

 

  • L’expression de sa solidarité avec le peuple Amazigh pour la reconnaissance de ses droits et libertés individuels et collectifs, notamment la liberté de circulation dans tout le territoire de Tamazgha (nord de l’Afrique),
  • La dénonciation des violences, des interdits et des intimidations exercés par les services de police sur les militants des droits humains,
  • Le soutien aux prisonniers politiques au Maroc et dans les autres pays, particulièrement ceux qui ont été incarcérés pour avoir défendu les droits des populations autochtones amazighes à leur terre, à leurs ressources naturelles et à leur langue et culture,
  • Le soutien à la population du village de Imider (Maroc), en grève depuis plus de 3 ans, contre la Société Métallurgique d’Imider (SMI), soutenue par le gouvernement, qui les dépossède abusivement de leur terre et de leurs ressources naturelles, notamment l’eau, ressource rare et vitale pour cette communauté vivant dans une zone désertique du sud-est du Maroc,
  • Le soutien à toutes les luttes des communautés contre l’accaparement des terres et les spoliations des ressources naturelles (l’eau, les forêts, les ressources minières, etc) notamment dans les zones de montagne et pour le droit à la gestion en biens communs de leurs territoires,
  • Le soutien du droit à l’autodétermination de tous les peuples, sans distinction.

 

Aux Etats du nord de l’Afrique

 

Algérie

 

  • De reconnaitre la responsabilité de l’Etat dans les crimes commis contre la communauté Mozabite, de juger et sanctionner sévèrement les auteurs et les responsables de ces crimes et assurer la réparation des préjudices humains, matériels et moraux subis par la population,
  • De mettre fin immédiatement au processus de dépersonnalisation des Amazighs par une politique d’arabisation forcée,
  • De mettre fin à toutes les législations et les pratiques notamment administratives et policières abusives qui violent gravement le droit de réunion et le droit à l’expression des organisations de la société civile et des mouvements politiques démocratiques,
  • De mettre un terme aux discriminations et au racisme anti-Amazighs.

 

Maroc,

  • De mettre en œuvre sans condition et sans délai l’officialisation de Tamazight dans toutes ses dimensions et dans tous les domaines,
  • De mettre fin immédiatement aux expropriations et aux spoliations des terres, territoires et ressources naturelles des communautés amazighes. Les terres spoliées doivent être restituées à leurs propriétaires légitimes et le cas échéant, ces derniers devront être indemnisés de manière juste et équitable,
  • De mettre fin à la politique d’arabisation des communautés amazighes en Europe au travers de l’enseignement exclusif de la langue et de la culture arabes et de l’instrumentalisation de l’islam à de fins d’arabisation par les Consulats marocains.

 

Tunisie,

  • Les Amazighs dénoncent fermement la nouvelle Constitution qui ignore totalement le socle identitaire et historique Amazigh autochtone de la Tunisie et les droits fondamentaux de la communauté amazighe de ce pays,
  • La Amazighs tunisiens dénoncent également leur état de marginalisation socioéconomique, culturelle et politique et l’abandon par l’Etat du patrimoine culturel et historique des Amazighs,
  • Les Amazighs tunisiens refusent l’exploitation des gisements de gaz et huiles de schiste qui se trouvent sur leurs territoires car ils sont convaincus des conséquences néfastes de cette exploitation sur leur environnement naturel et sur leurs conditions de vie.

 

Libye

  • Les Amazighs de Libye dénoncent avec force le déni et l’exclusion dont ils font l’objet par les nouvelles autorités politiques du pays. Pour les Amazighs libyens, le contexte actuel est bien plus oppressif et dangereux que sous l’ère de l’ancienne dictature,
  • Les Amazighs dénoncent également avec force les crimes de masse perpétrés en toute impunité par les milices armées de Zentan contre les populations amazighes des localités de El-Qalaa et Kekla dans l’Adrar Nefussa, les kidnappings des Amazighs aux check-point et les assassinats de Touaregs notamment à Ubari, dans le sud du pays.

 

Pays Touareg

  • Les Amazighs de tous les pays soutiennent sans réserve le peuple de l’Azawad dans sa quête de liberté et de dignité. Ce peuple a droit à son autodétermination. Il appartient aux populations de l’Azawad de décider de leur avenir et non à l’Etat Malien ni à aucun autre Etat,
  • Les Touaregs du Niger demeurent dépossédés de manière arbitraire de leur droit à leurs territoires et à leurs ressources naturelles. Conformément au droit international, l’Etat est tenu de consulter les populations touarègues autochtones et obtenir leur consentement préalable, concernant tout projet d’exploitation des ressources naturelles notamment minières qui se trouvent sur leur territoire traditionnel. En toutes circonstances, il exigé de l’Etat et des firmes transnationales qui exploitent les gisements de ressources minières qui se trouvent en territoire Touareg, de verser à un niveau juste et équitable, une partie des bénéfices générés par cette exploitation, aux populations locales concernées.

 

Archipel Canarien,

L’Archipel Canarien, ses eaux territoriales et ses ressources naturelles constituent une partie de l’Afrique qui reste à décoloniser. Le peuple canarien, conformément au droit international, doit être largement soutenu dans l’exercice de son droit à se décoloniser.

 

En outre, il est exigé de tous les Etats du nord de l’Afrique, de :

  • reconnaître pleinement la diversité des peuples, des communautés, des langues et des cultures, comme cela est recommandé à maintes reprises par toutes les organisations internationales, notamment l’Unesco et les différents organes pertinents de l’ONU,
  • instituer et encourager la laicité, fondement de la culture et de la civilisation amazighes,
  • reconnaitre et respecter les droits des femmes à l’égal de l’homme,
  • Se retirer de la Ligue Arabe, tant que cette organisation restera fondée sur une base raciale qui nie et exclut la pluralité socioculturelle de nos pays,
  • Libérer immédiatement tous les détenus politiques amazighs, réparer les préjudices matériels et moraux qu’ils ont subis et arrêter immédiatement toutes les formes de persécution des militants de la Cause amazighe,
  • respecter les engagements et les obligations internationales particulièrement en matière de reconnaissance et de respect des droits humains et des libertés fondamentales tels qu’ils sont universellement admis. Les Etats du nord de l’Afrique doivent reconnaître au peuple Amazigh le statut de peuple autochtone et respecter dans sa totalité la Déclaration des Nations Unies pour les droits des peuples autochtones,
  • reconnaitre constitutionnellement l’identité amazighe, notamment la langue amazighe comme langue officielle et sa traduction immédiate dans une législation en faveur de la promotion de la langue et de la culture amazighes dans tous les pays.

 

Aux instances internationales

 

  • Les instances internationales, particulièrement l’ONU, l’UE et l’UA, sont instamment priés de mettre en œuvre tous les moyens politiques, juridiques et financiers afin de contraindre les Etats nord-africains à respecter leurs obligations internationales en matière de respect des droits individuels et collectifs,
  • Les instances internationales sont interpellées au sujet du phénomène de militarisation dans les pays du nord de l’Afrique, qui constitue une grave menace pour la sécurité et la survie des populations,
  • Dans le cadre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, reconnaître et soutenir le droit du peuple Amazigh à s’autogouverner et à protéger ses institutions traditionnelles et son mode de vie et sa culture.

 

Marrakech, 30 novembre 2014

 

  • Fédération Nationale des Associations Amazighes, Maroc
  • Association Tawada, Maroc
  • Association Imal, Marrakech, Maroc
  • Association Tunisienne de la culture amazighe, Tunisie
  • Association Twiza, Tunisie
  • Association Tawmat, Azlaf, Rif
  • Association Bouya, Ben-Tayeb, Rif
  • Association des Populations des Montagnes du Monde
  • Association Ariamine, Niger
  • Association Solidaridad Canaria, Archipel Canarien
  • Azetta, Réseau Amazigh pour la citoyenneté
  • Congrès Mondial Amazigh
  • Forum de la Solidarité Euro-Méditerranéenne
  • La Voix de la femme amazighe, Maroc
  • Libyan Working Grup
  • Ligue Amazighe des Droits Humains, Algérie
  • Shali Organization, Siwa
  • Temoust